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Carton rouge au Portugais

11 juillet 2016 | 0 commentaire

Non, il ne sera pas question de la finale de l’Euro 2016. Mais de la nomination, passée quasiment sous silence cette fin de semaine, de l’ancien président de la commission européenne, le portugais José Manuel Barroso, chez Goldman Sachs, la banque d’affaires américaine. Comment justifier en effet, dès aujourd’hui, le renforcement de la déontologie pour les représentants du peuple dans les territoires lorsque, au plus haut sommet, non seulement on ne montre pas l’exemple mais on défie ouvertement les propres règles que l’on brandit ?

Conflit d’intérêts au sommet. La colère froide des peuples européens ne semble pas près de faiblir. Après le référendum britannique, la nouvelle du recrutement chez Goldman Sachs va, une fois encore, montrer le fossé qui sépare les habitants de leurs gouvernants. En renforçant ce sentiment de conflit d’intérêt entre la politique et la finance, de façon tellement provocatrice, nul doute que l’Europe va poursuivre sa descente aux enfers.

Déontologie. Il est demandé aux hommes politiques et à leurs collaborateurs la plus grande exigence quant aux risques de conflits d’intérêts. Les normes se renforcent. Les très récents textes de loi, par exemple en France, mettent en œuvre des procédures très cadrées pour éviter, autant que faire se peut, ces conflits potentiels. On objectera peut-être que M. Barroso n’est pas le premier à franchir le Rubicon. Certes, mais le moment est alors on ne peut plus mal choisi. D’autant que son passage à la tête de la commission européenne fut loin de faire l’unanimité, en promouvant davantage l’Europe du libre-échange et de la finance, plutôt que sa construction politique.

Et l’esprit de l’Europe ? Comment ne pas évoquer l’historien Marc Bloch, qui dans L’étrange défaite, livre écrit dans le feu de la défaite de 1940, fustigeait déjà la perte de sens des élites pour les peuples qu’ils sont censés gouverner ? « L’Europe sera un produit de votre esprit » disait Julien Benda… en 1935, dans son discours à la nation européenne. On en est aujourd’hui très loin.

 

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