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Clemenceau et le discours de Strasbourg

4 novembre 2019 | 0 commentaire

Strasbourg, 4 novembre 1919. Il y a cent ans jour pour jour, Georges Clemenceau, Président du Conseil depuis bientôt deux ans, prononce un discours… en faveur des pouvoirs locaux, dans le cadre de la campagne pour les élections législatives, avant le scrutin des 16 et 30 novembre. Bien qu’ayant conduit le peuple de France à l’armistice victorieux, le Père la Victoire va perdre les élections et laisser la place à la majorité « bleu horizon ». Il est intéressant de mettre en perspective ces propos de Clemenceau dans la longue histoire du fait régional français.

Le « tombeur de ministères » dans la mythologie républicaine. Le refus de l’idée même de région dans la mythologie républicaine conduit à placer le discours du Tigre dans une perspective de longue durée. Figure marquante de la Troisième République, « la vraie sinon la seule dans l’imaginaire des Français, qui se dote d’une stratégie de la mémoire », pour reprendre l’expression de Jean-Pierre Azéma et Michel Winock, Clemenceau en a occupé toutes les fonctions, exceptée… la plus représentative si ce n’est la plus symbolique, celle de président de la République.

L’étonnement devant le Tigre, défenseur de la liberté provinciale... Dans un discours d’une trentaine de pages, Clemenceau s’engage donc en faveur des libertés provinciales. Il y prône en effet une administration moins parisienne et davantage tournée vers les citoyens. Un propos qui ne manque pas d’étonner si l’on considère l’autorité toute centralisatrice du Tigre dans l’exercice de ses fonctions de premier flic de France et de Président du Conseil. Il convient certes de remettre ces propos dans la perspective de sa longue carrière, lui qui fut… président du conseil municipal de Paris, alors que la Troisième République balbutiait.

L’actualité du discours de Strasbourg. Cette volonté décentralisatrice de Clemenceau en faveur de la région ne trouvera toutefois guère d’écho dans les années 1920, après qu’il eut abandonné le vie politique. L’idée régionale sera certes reprise durant la crise des années 1930, notamment par un groupe de polytechniciens baptisé « X-crise », qui travaille à la nécessité d’organiser l’administration à un niveau supra-départemental. L’idée régionale tient ici un angle d’attaque et c’est par la voie économique que la région prendra, finalement, son essor quelques décennies plus tard, sous la houlette d’Edgar Faure, en 1955. Alors que le pouvoir régional a, aujourd’hui encore, toujours du mal à s’imposer en France, même après le (re)découpage de 2015, le propos de Clemenceau a ouvert la voie à la montée en puissance de l’idée régionale. Reste dès lors à la concrétiser. Enfin…

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