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Des racines et des elles

6 février 2018 | 0 commentaire

Débaptiser une rue portant le nom d’un roi belge – Albert 1er –  pour rendre hommage à une femme récemment disparue, Simone Veil. Cette annonce récente du maire d’une ville préfecture a provoqué des remous diplomatiques au plus haut niveau, notamment en cette année de célébration du centième anniversaire de l’armistice. Tiens donc, les collectivités locales seraient elles-aussi concernées par les polémiques relatives à la célébration (ou non), à la commémoration (ou non) d’événements et d’écrivains. Peut-on commémorer sans rendre hommage ? Comment se rappeler sans censurer ?

Commémorer, c’est se remémorer. L’histoire de France est un bloc, pour paraphraser la célèbre phrase de Clemenceau. Dès lors, faire figurer par exemple dans la liste des commémorations le massacre de la Saint-Barthélemy montre que notre histoire n’est ni lisse ni linéaire. En France, un comité aux commémorations a été institué en 1998 afin de conseiller le ministre de la culture en matière de célébrations nationales.

Célébrer, c’est communiquer. L’exemple de la Grande Guerre est révélateur. Célébrer le centième anniversaire de l’armistice de 1918 permet de communiquer aujourd’hui sur certaines valeurs que la Nation veut transmettre, et notamment celle de l’engagement, dans nos sociétés ouvertes, désenchantées et désacralisées. Dans les collectivités locales, rappelons les polémiques de l’année 1983 lorsque des maires nouvellement élus avaient souhaité débaptiser des noms de rues données par leurs prédécesseurs pour célébrer, et donc communiquer, l’Union Soviétique.

Rappeler, c’est montrer le travail des historiens. Le retrait de Charles Maurras de la liste officielle des commémorations nationales 2018 ne saurait faire oublier le travail qu’il a accompli, au risque sinon de tomber dans la censure et les dérives possibles d’une pensée officielle. A titre d’illustration, Maurras s’est emparé en son temps du thème de la décentralisation. C’était en 1898, année de la publication de son livre intitulé l’idée de la décentralisation. Il y fustigeait une conception des pouvoirs trop administrative. Il y démontrait que, pour être fort,  l’Etat devait être centré sur ses missions essentielles. Que les pouvoirs locaux devaient, pour être acceptés, s’appuyer sur des racines dans les territoires. Ces propos ne semblent guère éloignés des préoccupations actuelles…

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