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Le grand débat, 25 ans déjà !

16 janvier 2019 | 0 commentaire

Comme un air de déjà vu. Un grand débat pour tout recommencer ? Point n’est besoin de remonter à 1789, révolution bourgeoise qui renforce Paris, ou à 1792, révolution du peuple aux décisions de justice rendues rapidement, pour placer au rang de mythe la participation citoyenne. 1969 et la tentative gaullienne de nouveau souffle ? Non, non, vous n’y êtes pas. Allez, un petit effort. Il s’agit de 1993 et de l’idée de Charles Pasqua, reprise par le Premier ministre  Balladur, de « lancer un grand débat au niveau local de façon à prendre le pouls de la population au travers de ses élus locaux ». Mais c’est bien sûr !

Cocoricocoshow. Souvenez-vous. Cette année-là, Stéphane Collaro et le bébête show régalent la France en prime time, avec force coups de poignard et grands chambellans. La fracture entre une France des agglomérations pléthoriques d’un côté – 80 % de la population vivant sur 20 % du territoire – et une France rurale à la marge est apparue avec le référendum de Maastricht de 1992. Sous une nouvelle cohabitation, le Premier ministre Édouard Balladur débarque à Mende (Lozère), au coeur du département le moins peuplé, flanqué de ses ministres. Cette image restera le symbole d’un gouvernement ayant mis la reconquête du territoire au rang de ses priorités. Pour quel résultat ?

C dans l’air. L’aménagement du territoire retrouve apparemment ses lettres de noblesse. Il a désormais droit à un ministère à part entière, chapeauté par Charles Pasqua, dont le découpage électoral quelques années plus tôt avait fait dire au Conseil constitutionnel qu’il n’était « pas manifestement contraire à la Constitution ». Un bijou de cartographie politique… toujours en vigueur plus de trente ans après. Et en plus sans avoir à s’ennuyer avec une quelconque question prioritaire de constitutionnalité, QPC pour les intimes des licences de droit, spécialité droit public.

Le grand show. Le pouvoir de l’époque tente alors – déjà ? – un difficile équilibre entre la tentation d’un retour au dirigisme d’antan et le maintien des acquis de la décentralisation. « Il faut rééquilibrer le développement de la France au profit de l’ensemble de son territoire », constate le pouvoir exécutif, à Mende. Il veut « éviter d’imposer de Paris une image centralisée et technocratique de l’aménagement du territoire ». D’où le grand débat au niveau local. Pour mobiliser l’opinion publique sur un thème consensuel et porteur. A l’automne 1993, le gouvernement entame une tournée des régions qui doit lui permettre de « mieux sentir, avec les maires, la réalité sur le terrain ». Non, non, il ne s’agit pas de la dépêche AFP du déplacement du président de la République du 15 janvier 2019 dans l’Eure.

Le débat débouchera sur la législation des « pays », objet validé non identifié (OVNI), qui ne trouvera jamais sa place dans le millefeuille territorial. La charte nationale du territoire, censée refonder le pacte républicain, tombera dans les oubliettes de l’été meurtrier de l’affrontement entre le vassal et le suzerain…

 

 

 

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