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Les collectivités et l’enveloppe des 5 milliards de prêts :emprunter plus pour sombrer plus tard ?

27 novembre 2011 | 0 commentaire

Le fait. Le Premier ministre a annoncé le 22 novembre, au congrès des maires, que le gouvernement porterait à 5 milliards d’euros la rallonge de prêts aux collectivités locales. C’est une fausse bonne nouvelle.

« On avance, on avance… » Chaque année, les collectivités locales réalisent, ensemble, près des trois quarts des investissements publics civils. Ce chiffre, répété à satiété, est le résultat de milliers de décisions prises sur le terrain par les élus. Ces investissements sont financés soit par autofinancement, soit par emprunt. Or l’autofinancement des collectivités diminue depuis plusieurs années, notamment par ce que l’Etat verrouille les variations des dotations et a rendu plus difficile l’utilisation du levier fiscal ces dernières années. Ainsi, après l’utilisation du levier fiscal dans les années 1980 à 2000, l’emprunt est aujourd’hui devenu la variable d’ajustement des collectivités locales dans la construction de leurs budgets.

« On n’a plus assez d’essence. » La crise de liquidités de 2008 se double aujourd’hui d’une crise de l’offre de la part des banques. Ces dernières se détournent du marché des collectivités locales, non pas par désintérêt, mais pour des raisons de coût liées notamment à l’application de règles prudentielles de plus en plus sévères. L’argent que les collectivités vont emprunter est plus rare et il va être plus cher. Sauf à vouloir s’extraire du contexte mondial, pourquoi dès lors ne pas en profiter pour réaliser une revue générale des investissements des collectivités non encore financés ? On objectera que la baisse des investissements des collectivités pénaliserait l’appareil économique. Oui, à grande échelle mais pas lorsqu’il s’agirait de ralentir de 3 à 5 milliards sur plus de 60 milliards d’euros d’investissement.

« Pour faire la route dans l’autre sens… » Cette « douce insouciance » ne durera pas éternellement. Elle rendra d’autant plus douloureux l’atterrissage puisque la dette cumulée du secteur public local, de l’ordre de 170 milliards d’euros en fin 2011, est agrégée dans la dette publique, composée à plus de 80 % par la dette de l’Etat. En somme, c’est un peu comme si, face au risque de panne d’essence, un garagiste nous proposait à la fois un bidon de 5 litres et de changer notre réservoir par un de taille plus petite ! En remplaçant les litres par les milliards d’euros, le garagiste par l’Etat, et le réservoir par les Dotations de l’Etat aux collectivités, tout cela tiendra bien jusqu’à la prochaine aire d’autoroute ; hum, pardon, jusqu’à l’élection présidentielle ? Après cette échéance, le garagiste sera certainement moins sympathique que Pimpon dans l’été meurtrier …

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