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L’exercice de l’Etat – Film de Pierre Schœller.

7 mai 2012 | 0 commentaire

Alors qu’un nouveau quinquennat présidentiel démarre, avec son cortège de recompositions, L’exercice de l’Etat montre avec un réalisme surprenant le tandem central de la vie d’un ministère, entre le ministre et son « dircab », duo habituellement non visible du grand public.
Ce film de Pierre Schœller est sorti à l’automne 2011, alors que la campagne présidentielle s’esquissait à peine. Il a été récompensé en 2012 par le César du meilleur scénario et du meilleur second rôle pour Michel Blanc. A partir de l’accident dramatique d’un car scolaire sur une route enneigée des Ardennes, le décor est planté pour une longue journée du ministre des transports.

Vitesse et solitude Tout va vite dans la gestion du ministère. Le recueil d’informations sur l’accident, l’organisation du déplacement et, avant d’être arrivé, les « éléments de langage » à tenir devant les médias. Sans oublier l’image que va donner ce ministre de sa « gestion de crise ». Dans la nuit noire, il risque d’être éclipsé par le préfet qui arbore une cravate rouge ? Pas de souci car l’attachée de presse veille et l’on intervertit les cravates…
En même temps, le ministre est un homme seul. Piloté et programmé en permanence, il se trouve dépourvu lorsque la journée est enfin finie et qu’un incident le prive du dernier rendez-vous. Dès lors, à l’arrière de sa voiture, la lecture de l’Equipe est interrompue par la quête frénétique d’amis, qui, eux, sont aux abonnés occupés. Reste la tournée des bars et la conversation avec un chauffeur qui doit, après, parquer la voiture au ministère pour rentrer dormir chez lui a l’extrémité de la ligne A du RER parisien…

Stress et sens L’exercice du pouvoir met les équipes sous tension permanente. Cet accompagnement immédiat des événements, à défaut de les maîtriser, montre des collaborateurs pris dans cette frénésie de la jouissance (du sentiment ?) d’avoir prise sur le présent.
Ce fonctionnement quasi permanent à haute dose d’adrénaline met alors davantage en relief les interrogations du « dircab » sur le sens même de sa mission de service public, notamment face aux sirènes du secteur privé et au constat du recul phénoménal de l’Etat. Haut fonctionnaire au sens aigu de l’Etat, il tient un langage de vérité à son ministre.

Fusion et fission La relation entre un décideur de haut rang et son principal collaborateur ne peut fonctionner sans une alchimie savante, difficile à construire, et qui peut s’évaporer tellement facilement face aux pressions, aux contradictions des missions confiées et aux divers coups bas des « collègues ».
C’est cette lucidité du directeur de cabinet, quant au caractère éphémère de cette fusion, qui le pousse d’ailleurs à vouloir quitter son poste. Si son ministre insiste pour qu’il reste, le même ministre sacrifie son vassal à l’occasion du remaniement ministériel. Lequel est le plus lucide ?

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