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Lieux de mémoire

14 novembre 2016 | 0 commentaire

« Commémorer et renoncer à l’analyse ou remémorer et renoncer à la piété ? » Ce propos ne date pas d’hier, avec les célébrations multiples des attentats du 13-novembre 2015 ni même d’avant-hier, avec les cérémonies du 11-novembre. Prononcés par l’historienne Mona Ozouf, ils datent de 1983 alors que la polémique battait son plein quant à l’idée même de célébrer en 1989 le bicentenaire de la Révolution Française. La célébration de l’histoire peut-elle être figée ? L’occasion de faire le point avec les lieux de mémoire qui font notre Nation, en référence à l’entreprise de Pierre Nora.

Commémorer. Les lieux de mémoire se réfèrent à l’histoire collective. Par leur biais, on peut aborder les institutions. Les sept volumes des Lieux de mémoire constituent une référence essentielle pour l’histoire de notre Nation. Un objet, explique en substance Pierre Nora, « devient lieu de mémoire quand il échappe à l’oubli, par exemple avec l’apposition de plaques commémoratives, et quand une collectivité le réinvestit de son affect et de ses émotions. Ce peut être un symbole (le drapeau), une devise, un événement, une institution, un monument aux morts.

Remémorer. La gigantesque entreprise de Pierre Nora est l’objet d’études aux Etats-Unis d’Amérique, et notamment par l’université de Chicago. Mais son œuvre passe sous silence un certain nombre de points douloureux de l’histoire de France, comme les guerres napoléoniennes, la colonisation et les guerres d’indépendance. Quant à Vichy, le « passé qui ne passe pas », selon l’expression d’Henri Rousso, toute tentative de traitement objectif par l’historien est immédiatement auscultée au scalpel du « pour ou contre ? ». Le terme même de « revisiter » l’histoire peut paraître iconoclaste voire arrogant. Pourtant, en prenant l’exemple des commémorations du 11-Novembre, il convient de se questionner quant à la façon de se remémorer à l’avenir de ce conflit meurtrier alors que les derniers Poilus ont disparu depuis près de dix ans.

Redonner un sens aux mots. Dès lors, le risque est celui d’une histoire raccourcie à quelques événements survalorisés et mis en avant à l’occasion de « journées » dont la multiplication dans le calendrier ces dernières années pourrait faire perdre le sens de l’essentiel. Ce sens, c’est celui que Renan exposait dans son discours à la Nation française, après la défaire de 1870 : « avoir fait de grandes choses ensemble ; vouloir en faire encore ». Un thème simple et important pour une campagne présidentielle…

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