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Maurras et les regions

29 septembre 2015 | 0 commentaire

En 1898, Charles Maurras publie l’idée de la décentralisation, à mi-chemin entre l’article et le livre. Il y développe des thèses régionalistes et décentralisatrices. Arrêt sur image, à quelques semaines des élections régionales.


Le contexte. En 1898, Charles Maurras a trente ans. Il vit du rayonnement des idées de Frédéric Mistral, dernier témoin du « Printemps des peuples », et dont il a reçu comme un héritage le principe fédératif.  A cette époque, on commence à peine à parler de décentralisation, idée qui doit intéresser et interpeller l‘ensemble de l’échiquier politique. Or le mode d’organisation de l’espace territorial et des collectivités en France, depuis la fin de l’Ancien Régime est celui d’un centralisme au service de l’État unitaire. Au moment où Charles Maurras s’empare de la notion de décentralisation, le discours ordinaire a tendance à confondre décentralisation et régionalisme, sans oser vraiment s’attaquer de front à la question du fédéralisme. Ce dernier rebute les pouvoirs publics. Pour Charles Maurras, la décentralisation est étriquée, parce qu’elle n’est qu’administrative. Le fédéralisme doit changer la nature de l’association entre les entités. Or comme une nation a une langue, tout se tient avec la culture et le fédéralisme en est le prolongement naturel.
Les faits. Charles Maurras fustige la vision des conservateurs qui voient dans la centralisation napoléonienne un excellent moyen de contrôler le pays et l’opinion publique. Pour les souverainistes jacobins, Maurras réfute l’argument selon lequel, face aux menaces extérieures, ce serait affaiblir la Nation que de décentraliser l’État. Il n’a pas de mal à démontrer qu’un État est fort lorsqu’il est recentré sur ses missions essentielles. Mais il s’en prend également aux  libéraux de la Revue des deux Mondes, qui opposent universalisme et enracinement. Au contraire, Charles Maurras affirme que l’homme ne peut s’approcher de l’universel qu’en restant fidèle à ses racines. Il s’en prend également à Léon Blum, dont le discours pourrait se résumer à « Provinces, je vous hais !  »
La suite. « Qui voudra réorganiser notre nation en devra recréer les premiers éléments communaux et provinciaux. Qui veut réaliser le programme nationaliste, doit commencer par une ébauche de fédération ». Ce propos résume la pensée de Charles Maurras, qui ne confond donc pas fédéralisme et décentralisation, même s’il présente la décentralisation comme une première étape, un passage nécessaire, vers un authentique fédéralisme. S’inscrivant dans la mouvance de Frédéric Le Play, il a contribué à fixer la position des catholiques sociaux sur l’administration territoriale du pays et sur les libertés communales et provinciales, prônant par exemple la disparition du département. Avec le fédéralisme provençal et la promotion d’institutions décentralisées, le fait identitaire s’ajoutera à la synthèse maurrassienne à la fin du dix-neuvième siècle, fruit de sa rencontre avec Maurice Barrès.

 

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