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Tour de France et territoires (5)

6 juillet 2015 | 0 commentaire

Le Tour de France s’est élancé. Parcourons en quelques étapes les liens de ce monument du cyclisme avec les territoires. Aujourd’hui, notre cinquième épisode, la Grande Boucle et l’aménagement du territoire. Alors que les coureurs vont musarder entre le Comté d’Orange et l’Hexagone, regardons depuis quand dont le Tour a quitté le tracé des frontières naturelles pour partir à l’intérieur des terres, non sans jouer depuis lors à saute-mouton…

Planification. Dans les années 1950, le parcours du Tour permet de (re)découvrir les paysages d’une France en pleine mutation. Le Tour de France va modifier sa stratégie à cette époque, à l’heure de la décentralisation industrielle et de la planification triomphante et alors que la volonté de rééquilibrer les rapports entre Paris et la province est forte. Dans ces conditions, le Tour manifeste son intérêt de partir systématiquement hors de Paris et d’investir l’intérieur des terres. « Il est de la vocation du Tour d’insuffler un élan  à ces coins de France trop souvent oubliés » relève Jean-Marie Leblanc, alors directeur du Tour de France, lorsqu’il décide que le Tour fera étape à Mende en 1995, deux ans après la tenue d’un comité interministériel de l’aménagement du territoire dans cette même ville chef-lieu du département le moins peuplé de France.

Discontinuité. Aujourd’hui, les itinéraires discontinus donnent à la Grande Boucle un caractère plus nerveux, alors que les distances se sont sérieusement raccourcies, de plus de 5.500 kilomètres dans les années 1920 à moins de 3.300 kilomètres aujourd’hui. Ces itinéraires discontinus provoquent force transferts entre une ville arrivée et le départ de l’étape du lendemain. En 1978, les « forçats de la route », selon l’expression popularisée par Albert Londres dans les années 1920, manifestent eux-mêmes leur mécontentement contre les transferts devenus trop nombreux et l’on verra cette année-là Bernard Hinault, le champion de France en titre, et futur vainqueur de l’épreuve quelques jours plus tard, franchir le vélo à la main la ligne d’arrivée à Valence d’Agen, dans le Tarn-et-Garonne, conduisant à l’annulation de l’étape.

Frontières. Par son caractère hexagonal, la Grande Boucle a longtemps incarné une France continentale et plutôt refermée sur elle-même. D’exceptionnel dans l’Entre-deux Guerres,  le franchissement s’est aujourd’hui largement banalisé : en outre, les itinéraires se font discontinus pour donner et garder à l’espace un rythme rapide, conforme à ce trait de nos sociétés contemporaines. Pour ce qui est des villes nouvelles, c’est la même logique qui a guidé leur apparition comme villes étapes de la Grande Boucle. Avant Cergy-Pontoise en 1984, puis Evry et marne-la-Vallée dans les années 1990 et 2000, Mourenx – ville nouvelle créée à la fin des années 1950 dans le contexte du gaz de Lacq – avait frappé un grand coup en accueillant le Tour de France le jour de l’un des plus grands exploits du roi du Tour de France, Eddy Merckx. A contrario, les passages de la Grande Boucle peuvent n’être qu’éphémères. Tel est par exemple le cas de la station de La Mongie, dans les Pyrénées, sur la route du Tourmalet, témoin des exploits de Bernard Thévenet en 1970, quelques années avant son succès dans le Tour. Les infrastructures de cette station, véritable « ZUP » à la montagne, sont considérées comme l’héritage de cette urbanisation pas nécessairement respectueuse de l’environnement.

 

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