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La legende des cycles

9 juillet 2015 | 0 commentaire

La légende des cycles… Alors que le Tour de France poursuit sa route vers les Pyrénées, voici le dernier épisode de notre feuilleton d’été sur les liens de ce monument du cyclisme avec les territoires. Dans nos sociétés ouvertes, désenchantées et largement désacralisées, le Tour de France demeure par sa permanence et son côté festif l’un des points d’ancrage du vivre ensemble. A l’image du Tour de la France par deux enfants présenté comme le « petit livre rouge de la République », la Grande Boucle s’est affirmée, elle, comme le « petit livre jaune de la République » grâce à son célèbre maillot éponyme. .

Permanence. Consacré « lieu de mémoire » par Pierre Nora, le Tour de France est une formidable pédagogie du territoire national. Son tracé évolutif, en revisitant les petites patries, a fini par imposer une image hexagonale du pays. Chaque été, grâce au Tour de France, les Français renouent avec un monde rural. Des nombreux bouleversements qui ont marqué les sociétés en cent éditions et cent dix ans d’âge, la Grande Boucle a su faire ses alliés, pour mieux s’adapter avec les collectivités locales en première ligne. Marqué à ses débuts par la tentation du repli hexagonal, elle s’est renouvelée aux défis lancés par la construction européenne et la mondialisation.

Fête. Fête moderne de l’époque industrielle et sportive, la Grande Boucle s’inscrit dans le succès des sports de masse. Grand rite tous les ans renouvelé, le Tour ne s’enferme pas dans la bulle sportive mais compose toujours avec le public. Sinon, il eut été emporté par les affres du dopage de ce début de siècle. Le Tour de France reflète les permanences et les visions de l’aménagement du territoire. C’est Paris qui compose avec la province, cette province faite de villes étapes au charme certes désuet mais révélateur de cette modernité qui a besoin de son passé pour exister. Le Tour de France demeure cette fête du temps libre, ce rituel estival massivement couvert par la télévision depuis les années 1950. Il s’est ainsi affirmé comme divertissement à l’heure de la civilisation des loisirs et du tourisme.

Racines. Finalement, ces héros renvoient à ceux de notre mémoire collective. Et comme le décrit magnifiquement Jean d’Ormesson, dans son roman Au plaisir de Dieu, « beaucoup plus que Deschanel que Fallières, que Lebrun, Petit-Breton et Antonin Magne étaient les successeurs de Saint-Louis et d’Henri IV, puisqu’ils soulevaient le peuple et que le peuple les aimait. Peut-être la bicyclette, dans ce monde de machines, était-elle à nos yeux une héritière du cheval ? Peut-être voyions-nous en Leducq et Coppi des espèces de centaures dont nous riions, bien sûr, mais dont les exploits, même dérisoires, éveillaient encore en nous, par coureurs interposés, les très lointains échos de notre grandeur évanouie ? Nous aussi, jadis, pour nos dames et le roi, nous étions ces champions vers qui montait cet encens dont nous avions perdu jusqu’au souvenir et dont le parfum si fort nous hantait pourtant obscurément : la victoire, le triomphe, la gloire des acclamations. »[1] Le Tour de France, ou la légende des cycles…

[1] Jean d’Ormesson, Au plaisir de Dieu, Paris, Gallimard, 1974, édition Folio, p. 126

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